La mode de l'électronique vintage !


Il suffit de consulter les sites web de petites annonces de ventes, ou encore de parcourir des brocantes : le matériel audio / radio ancien (nommé «vintage») est à la mode. Que ce soit certains types de postes de radio, ou les équipements audio à lampes, ou encore le matériel hi-fi des années 70 (voire 80) : tout cela a du succès chez les amateurs. Même les vieux ordinateurs, consoles de jeux, téléviseurs, appareils de sono ancienne et autres équipements de café (juke-box et flippers) trouvent des passionnés qui les restaurent et leur donnent une seconde vie. 

Rien à redire à cela : c'est d'une certaine façon une sauvegarde de bon matériel, et c'est le genre de passion qui ne nuit à personne. 

Sans amateurs, tout ce matériel ferait maintenant partie des montagnes de déchets électriques - électroniques (soi-disant recyclés), alors qu'avec cet intérêt, il retrouve une nouvelle existence. Cela fait vivre les revendeurs de composants électroniques, les pros qui vivent de la restauration, et surtout cela procure beaucoup de plaisir aux amateurs. Tout bien !

Pour autant, tout est-il si merveilleux dans ce petit monde de l'électronique ancienne ?
Est-ce que «tout était mieux avant» ? Mieux construit, plus fiable ?
De meilleure qualité sonore ou technique ?
Comment être certain que son achat n'est pas un appareil de moindre intérêt ou une (semi) épave ?
L'appareil convoité est-il réparable ? De qualité ? Et pas dangereux à utiliser ?

Sans trop de parti-pris, je vais résumer ici quelque 34 ans d'expériences diverses dans le hobby électronique et de réparations-restaurations d'engins divers (cette page a été crée en 2016) et donner quelques opinions, tout à fait personnelles, bien sur !
Et peut-être dégonfler un peu quelques mythes... Sans pour autant chercher à provoquer des polémiques, c'est simplement le retour d'expériences que je souhaite partager avec ceux qui hésiteraient un peu avant de se lancer dans la restauration ou la collection de ces appareils - ce que j'encourage à faire, bien sur  ! Mais en connaissance de cause... 

Il est bien sur possible d'apprécier un tel appareil ancien sans chercher à le faire fonctionner. Dans ce cas, seul l'aspect esthétique compte lors de l'achat. D'un façon générale, à moins d'acheter en connaissance  de cause (pour pièces,...), il vaut mieux chercher des appareils convenables point de vue aspect. Un appareil incomplet ou fort abîmé sera toujours difficile à reconstituer, il suffit d'un bouton manquant pour défigurer l'engin...
Les appareils extrèmement rares sont un cas bien sur différent : l'achat d'un appareil à restaurer totalement est alors justifié. C'est notamment le cas des appareils radio d'avant 1925 environ : certains sont très difficiles à trouver et il peut être intéressant de reconditionner totalement une épave. Pareil avec des appareils  très haut de gamme ou rarissimes. Mais il faut savoir dans quoi on se lance : une restauration totale peut s'étaler sur des mois, voire des années ne fut-ce que pour trouver une pièce manquante !  


Commençons par le commencement : l'achat d'un appareil électronique ancien.

Il y a plusieurs solutions pour l'achat, les plus courantes sont celles-ci : en brocante ; une annonce d'un vendeur (qui ne connaît peut-être pas l'appareil) ; une annonce d'un "revendeur-hobbyiste" ; en salle de vente (enchères) ; ou encore en magasin (en ligne ou physique) tenu par un pro.

"Je l'ai esssayé, hein ! Il fonctionne bien ! Il «crache» juste un peu !" : le genre de propos que l'on peut entendre lors de l'achat de tels engins, sur une brocante. Il ne faut pas en croire un mot, et au contraire se méfier : si le vendeur a été assez dingue pour le remettre en marche tel quel, c'est son affaire, mais cela augure assez mal de la suite. Car en le testant ainsi, il est (très) probable que cela ait provoqué des dégâts plus ou moins lourds à l'appareil. 

"S'allume mais ne donne pas de son"... ou bien la variante "s'allume mais je n'ai rien pour le tester"... Très souvent lu sur annonces de vendeurs qui n'y connaissent rien (souvent pour des appareils retrouvés  quelque part) mais qui pensent qu'ainsi l'appareil a plus de valeur parce que "testé". C'est tout à fait le contraire, l'essai à eu toutes les chances de déprécier l'appareil : cela revient au boniment du brocanteur. Attention, certains magasins de seconde main «testent» aussi les appareils sans précautions particulières... Méfiance !

Car dans ces deux premiers cas, si c'est un équipement à lampes ancien et inutilisé depuis longtemps (radio, hi-fi) qui a été remis en service de cette façon, il aura subi des dommages importants, sauf énorme coup de chance. Un équipement à transistors ancien aura peut-être moins de dommages. Peut-être... Mais attention ! Les dégâts provoqués par ces tests inconscients peuvent être irréparables. 

Voici, ci-dessous, le genre d'appareils qui pourraient être proposés dans ces deux circonstances. Ils s'allument... Mais l'ampli aura bien du mal à sortir quoi que ce soit puisque l'étage de puissance a été totalement démonté ! Il n'en reste que la préamplification et l'alimentation. Celui qui achèterait un tel ensemble - non testé - aurait une bien mauvaise surprise !

Technics hi-fi 1982

"Top rare ! Vintage ! Super son ! Chaleureux !" ... et autres qualifications alléchantes, accompagnées de très belles photos. C'est le genre de texte qu'on peut retrouver sur une annonce de revendeurs (qui sont aussi parfois / souvent de vrais hobbyistes) pour justifier un prix de base assez élevé. Il est ici quasiment certain que l'appareil proposé fonctionne. Mais ... combien de temps ? L'appareil est-il totalement restauré ou a-t-il été simplement réparé (ce qui est différent de restauré) ?

"Exceptionnel et rarissime exemplaire, en excellent état, nous commençons à 100 €" ... Les ventes aux enchères et leur ambiance particulière ! Certaines ventes sont spécialisées dans le domaine, et le matériel est généralement de qualité. Avantages : vendu en l'état (donc généralement non testé sauf mention contraire), et visible avant la vente. On peut donc juger de l'état de l'appareil en le voyant, avant d'enchérir. Inconvénients ? Les frais de vente, qui s'ajoutent au prix final. Mais le plus dangereux est sans aucun doute de se laisser emporter dans la «folie» des enchères, et se retrouver à payer fort cher un objet qui ne vaut finalement pas le prix atteint. Il faut absolument se fixer un prix maximal et ne pas le dépasser, sous aucun prétexte ! Et n'avoir aucun regret si on ne le remporte pas... 

... Et les pros alors ? Généralement ils ont recours à des annonces (un rien) plus sobres, les habituels superlatifs "audiophiles" sont évités, le matériel est bien présenté et décrit, et il est souvent possible de l'entendre fonctionner avant achat ou lors de l'enlèvement. Un vrai pro devrait fournir une garantie minimale sur l'appareil, et ne proposer que du matériel totalement révisé (restauré, pas simplement dépanné). 


Quels sont donc les principaux soucis avec le matériel électronique "vintage" ?

Qui dit matériel ancien dit, presque toujours, quelques soucis. Lors de l'achat, et après, il faut d'abord garder à l'esprit qu'il s'agit de matériel âgé, parfois n'ayant plus fonctionné depuis très longtemps. Ce sont des appareils électriques avant tout, qui ont certainement souffert de l'abandon, de mauvais traitements, de mauvaises conditions de stockage, de l'humidité, des attaques de parasites ou de bestioles ! 

L'humidité est l'ennemi N°1 des appareils électriques. Le piège est que cela n'est pas toujours visible, à part une présence éventuelle de taches, de rouille, ou de traces sur le bois... Mais c'est destructeur. Les appareils électriques et électroniques n'apprécient guère d'avoir été stockés dans des environnements humides. L'humidité aura envahi et parfois détruit les isolants des conducteurs ou dans les transformateurs, corrodé des pièces, abîmé des soudures, crée des mauvais contacts un peu partout. Sans parler des dégâts esthétiques : boiseries abîmées, tôleries rouillées, moisissures...

La poussière accumulée peut provoquer des pannes, par surchauffe de composants ou départ d'arc électrique. C'est particulièrement vrai dans les amplis de puissance et dans les téléviseurs, qui ont des ouïes de ventilation, par lesquelles pas mal de poussière a pu pénétrer (et encore plus si l'appareil est muni de ventilateurs!).
Se méfier aussi d'appareils provenant de «maisons fumeurs»... la nicotine se met partout, sous forme de poussière collante, et de «sauce» jaunâtre assez adhésive... Cela provoque un fort encrassement pas évident à éliminer : voir ces blocs Pulsar provenant d'une discothèque... Cest souvent visible à l'extérieur de l'appareil, sauf si celui-ci a été bien nettoyé pour la revente. 

Une attaque de parasites ou de bestioles n'est pas aussi rare qu'on pourrait le penser ! Un appareil ainsi «conquis» aura immanquablement des dommages sérieux : voici un condensateur et les haut-parleurs d'une radio ayant été colonisée par une (ou des) souris. Cela pourrait arriver tout pareil dans un vieux téléviseur, dans du matériel de sono, dans un "combo" de guitariste, dans un juke-box... Il n'y a pas que les souris : araignées et autres insectes peuvent avoir élu domicile dans des vieux appareils, et parfois provoqué des dégâts également. Et surtout, ne pas perdre de vue les insectes xylophages, qui prennent place dans le bois, rongeant celui-ci : leur présence est visible par des petits trous. L'achat d'un appareil «coup de coeur» est bien, mais rapporter chez soi une telle infestation n'est pas souhaitable... Certains appareils ont parfois été rangés dans des endroits impensables genre cabane de jardin (authentique !).

Les mauvais traitements ne sont pas les moindres des soucis laissés par les propriétaires précédents. Certains appareils ont été malmenés lors de déménagements, lors de transports... A nouveau, attention aux brocantes ou le matériel est «trimbalé» d'une vente à l'autre. Les chocs, chutes,... peuvent avoir endommagé sérieusement les composants, circuits imprimés, câblages, lampes, parties mécaniques... Parfois l'état extérieur ne laisse pas présager des dégâts intérieurs. Les connecteurs forcés, borniers de connexion cassés, pièces mécaniques pliées... doivent attirer l'attention : ce genre de stigmates montre un appareil qui a été brutalisé. Se méfier aussi de l'expédition du matériel par la poste ou par transporteur : même bien emballé, des dégâts sérieux peuvent survenir.

L'usage erroné de l'appareil peut également avoir provoqué des dégâts. L'essai sauvage «tel quel» a déjà été évoqué plus haut. Mais l'engin peut avoir été malmené bien longtemps avant son abandon, suivi d'une vente et remise en service. Cas classiques : le poste de radio prévu pour 110V et connecté sur le réseau 230V ; l'ampli à transistors ayant fonctionné sur un court-circuit (tous ne sont pas protégés) ; à contrario l'ampli à lampes utilisé sans charge ou inadaptée ; les erreurs de connexion dans les entrées-sorties ; l'appareil mécanique (platine, enregistreur) sur lequel on aura tenté de débloquer les mécanismes en les forcant ; les enceintes connectées sur un ampli défectueux ... La liste est longue et les causes de pannes ou d'importants dégâts possibles aussi ! 


Les grandes causes de pannes dans les vieilles électroniques :

L'isolation électrique est en effet un souci récurrent dans les vieux appareils, et est celui qui posera le plus de soucis pour la sécurité d'utilisation. Il faut donc y attacher une grande importance, et pourtant c'est souvent négligé (ou traité avec légèreté) dans nombre de réparations...
Voir aussi la page sécurité de ce site pour quelques infos supplémentaires. L'isolation d'un appareil restauré devrait avoir été testée avec un testeur approprié (voir une réalisation ici).

Isolants

Les isolants des conducteurs électriques étaient sans doute très bons d'origine... Les voici déssechés (si on les touche ils tombent en poussière), cassés, ou encore pourris selon le matériau.  La photo ci-contre montre les trois possibilités dans un amplificateur SBR de 1937. Ils ne rempliront donc plus leur fonction, risquant de provoquer des court-circuits internes ou de rapporter des tensions dangereuses sur la carcasse métallique de l'appareil. 

Connexion secteur

Voici un appareil des années 80 : on voit que les connexions des éléments raccordés au secteur ne sont pas isolés: fusible, fiche d'alimentation, sélecteur de tension. Un appareil à double isolation tel que cet engin (sans connexion à la prise de terre d'origine) devrait d'ailleurs avoir ces connexions isolées à cet endroit. Pour le moment, les isolants de ces conducteurs sont encore bons. Comment seront-ils dans 15 ou 30 ans ? Il conviendra tout de même, lors de la restauration d'un tel appareil, de vérifier soigneusement les soudures et les fixations mécaniques de ces conducteurs, ainsi que l'état des matériaux isolants du connecteur, sélecteur et porte-fusible. 

Mais s'il n'y avait que des soucis d'isolation...

Les mauvais contacts sont très fréquents dans des appareils anciens. Ils sont causés par la corrosion des matériaux conducteurs dans les commutateurs, porte-fusibles, potentiomètres, supports de lampes, connecteurs,... Ils sont à traiter efficacement, le fonctionnement stable et fiable de l'appareil en dépend. A certains endroits ce n'est pas très grave (cela s'entend ou se voit), mais des contacts défectueux sur des éléments traversés par des courants importants peuvent copromettre la sécurité de l'appareil (porte fusibles, connecteurs d'alimentation....) : à ces endroits les matériaux vont s'échauffer suite au mauvais contact et cela peut devenir dangereux. Combustion lente des isolants, fumée...  Sont les signes annonciateurs d'une panne plus conséquente qui ne manquera pas d'arriver. 

Les soudures froides, craquelées, mauvaises,... sont autant de sources de pannes, et elles doivent être refaites proprement (élimination de l'ancienne soudure présente, et nouvelle soudure propre). Les soudures peuvent devenir mauvaises avec la chaleur dégagée dans l'appareil ou par le stockage (humidité). C'est un point à vérifier, important. On peut trouver des appareils dans lesquels presque toutes les soudures sont à refaire !

Et enfin, bien sur, les composants électroniques peuvent eux aussi entrer dans la danse des pannes des appareils vintage !
Il y a les condensateurs, c'est «bien connu». Ils peuvent avoir tous les maux possibles : coupés, en court-circuit, déssèchés, valeur initiale changée... Leur gros souci est de se dégrader par le temps (pour certains du moins), et provoquer une panne des années après non-utilisation d'un appareil qui était pourtant encore fonctionnel des années auparavant.
Mais souvent, par excès, ignorance ou crainte on voit des appareils dans lesquels tous les condensateurs ont été remplacés alors qu'il est fort possible que seuls quelque-uns (voire même aucun) avaient réellement un défaut. Il faut aussi savoir que le remède peut être pire que le mal, certains composants «modernes» de remplacement étant de qualité médiocre, méfiance... Il n'y a pas de vraie règle à ce sujet. On peut tomber sur un appareil dans lequel tous les condensateurs sont mauvais, et son frère jumeau dans lequel ils sont tous bons... En règle générale, pratiquement tous les condensateurs d'avant les années 60 (dans le matériel grand public) sont mauvais, du moins si on souhaite ré-utiliser l'appareil de façon régulière. Ensuite, c'est fonction des composants eux mêmes... Généralement ces composants sont de qualité dans le matériel japonais des années 70 et 80, mais ...
Ma méthode de «dépistage» est de tester un échantillon des composants les plus exposés (chaleur, poussière). Cela donne une idée de l'état général... Une première remise sous tension progressive d'un appareil  ancien permet aussi, bien souvent, de reformer ces composants et de leur éviter la mort par le choc électrique... (d'ou l'intérêt de ne pas remettre sous tension directement "pour voir si cela fonctionnne toujours")...

Composants

Mais il n'y a pas que les condensateurs, et pratiquement n'importe quel composant issu d'un appareil ancien peut poser souci.
Ci-contre, les composants remplacés dans une radio Saba Freiburg 7... Des condensateurs, mais pas seulement. Des résistances ayant changé de valeur, et quelques lampes totalement pompées...
Dans les appareils anciens, qu'ils soient à lampes ou à transistors, pratiquement tout ce qui s'y trouve peut être source de pannes !


Et donc ....

Personne ne songerait à tenter de remettre en marche, sans une révision complète, une voiture ayant été abandonnée pendant 40 ans. Et encore moins, s'en servir quotidiennement dans son état «d'origine»...
C'est identiquement la même chose avec des appareils électroniques vintage ou antiques ! Le matériel ancien doit être traité de la même façon : vérification complète avant toute remise en service. Il y va de la sécurité de l'utilisateur, et du bon fonctionnement souhaité, et de la fiabilité de l'appareil ! Des avis diffèrent à ce sujet sur d'autres sites ou forums, ici j'expose simplement le mien.
Il faut aussi garder à l'esprit que ces appareils ont été construits à une époque ou les normes de sécurité électriques n'étaient pas aussi sévères qu'actuellement. Le plupart de ces normes actuelles ont pour but de ne mettre sur le marché que des appareils au fonctionnement sûr, non dangereux. Cela ne veut pas dire que les anciens appareils sont mal conçus, bien au contraire, il y avait du savoir-faire ! Mais garder à l'esprit cet aspect. 

Donc, la première chose à penser est qu'il peut être très dangereux de les remettre en service "comme cela"... Au programme pour ceux qui seraient tentés tout de même : dégâts dans l'appareil, émissions de fumées super-puantes (et très certainement toxiques), explosion de composants, début d'incendie ou encore électrisation (électrocution si vraiment pas de chance *) ... Tout cela est possible.
Mis à part l'électrocution, c'est du vécu malgré les précautions que je prends lors des dépannages !

* différence entre électrisation et électrocution ? Lire ici ...


Réparer soi-même son appareil ?

La plus grande prudence s'impose donc lors du dépannage d'appareils électriques - électroniques, qu'ils soient récents ou anciens. 

Anciens ? Oui : il faut considérer les électroniques grand public comme vieilles dès qu'elles ont plus de 20-25 ans. Et garder en tête qu'aucun de ces appareils (qu'ils soient des années 30 ou des années 80) n'a été conçu ou construit pour fonctionner aussi longtemps...
Les appareils électoniques pro (matériel de sono pro, matériel de studio....) ont été assemblés avec des composants convenables, mais cela n'empêche tout de même pas la nécessité de révision, comme ce Studer...

Il ne faut pas se lancer dans de tels travaux sans être au minimum averti des dangers électriques, et sans avoir quelques connaissances de base !

D'une façon générale, leur remise en état demandera un minimum de compétences techniques : électronique principalement, mais aussi restauration du bois, des matériaux synthétiques (plastiques, bakélite,...) et des métaux. Il faudra aussi un minimum d'équipement de travail et de mesure, savoir lire et comprendre un schéma électronique ainsi que les spécifications des montages, et un minimum de connaissances de technologie des composants.
Voir à cet usage la page débuter et la présentation de mon laboratoire , sur ce site...

Mais, encore une fois, ce n'est pas une raison pour renoncer : l'auto-formation existe, et les conseils trouvés dans les revues, livres, sites et forums sont utiles ! Ceci n'est pas écrit pour décourager, bien au contraire, mais pour avertir ... L'électronique s'apprend en pratiquant !
Restaurer un véhicule ancien ne se fait pas sans connaissances de base, sans outillage, sans documentation. C'est pareil pour les électroniques antiques ! Et le plaisir est le même : refaire fonctionner quelque chose qui n'a plus servi depuis longtemps, et en profiter ! 

Car un appareil retrouvé dans son état d'origine est presque toujours réparable, sauf cas de maltraitance avérée...

bricolage

Sans aucun doute le pire de tout, c'est de tomber sur un appareil bricolé, dans lequel «quelqu'un qui s'y connaît» a tenté une réparation. Quasiment toujours, c'est plus grave qu'un appareil simplement en panne, et qui n'a pas été «trifouillé» avant. Dans le cas ou l'on trouve de tels «travaux» de bricoleur, il faut presque toujours remettre l'appareil dans son état initial avant de continuer les travaux de réparation.
Ci-contre, du dangereux traficotage retrouvé dans une radio «réparée» : les deux conducteurs noirs à l'avant-plan véhiculent la tension secteur... ! Plus le reste : une cochonnerie sur toute la ligne...  

Généralement, ces interventions sont visibles : composants manquants ("on ne les a pas trouvé dans le commerce"), fils coupés ou dé-soudés, soudures ratées, présence de «toile isolante» et quasiment toujours après le passage d'un bricoleur : la plupart (voire même la totalité) des vis de fixation des couvercles ont disparu ! C'est un indice lors de l'achat en brocante ou sur annonce.
Les traces du massacre apparaissent assez rapidement aux yeux des habitués : présence de vis à tête cruciforme sur un appareil d'avant les années 70 (on devrait plutôt y trouve des vis à tête fendue) ; manques de vis (ou marques de tournevis sur les survivantes) ; boutons pas d'origine ou absents ; prises de connexion manquantes ou modifiées... Tout ceci est visible sans ouvrir l'appareil, simplement par observation de l'état extérieur. 


Voyons maintenant quelques mythes en cours dans le petit monde du matériel audio vintage.

C'est volontairement que j'ai choisi un appareil particulier pour illustrer le propos. Ce n'est en aucun cas pour dénigrer une marque qui a produit par ailleurs de l'excellent matériel. Ici, j'illustre simplement que la légende "matériel ancien de grande marque = réalisation au top" n'est pas toujours vérifié. Ceci pour attirer l'attention du débutant, qui va peut être se retrouver avec un «monstre» très difficile à réparer, ou une grosse déception pour commencer un hobby passionnant...

Marantz 4230

Voici l'appareil qui va servir d'exemple : un ampli tuner Marantz, de la grande époque de la quadriphonie : le 4230, de 1973-74. Prévu pour intégrer un décodeur quadirphonique (absent ici) et muni de 4 amplis de puissance, pouvant être couplés en stéréo. On a donc 4X 12W en quadriphonie ou 2X 30W en stéreo. Le commutateur de mode se trouve sur la facade arrière. 

Il est sympa cet appareil, typique d'une époque, fort complet (inclut même un réducteur de bruit) et surtout vendu comme "fonctionnel" malgré les traces d'humidité visibles sur le dessus du coffret. 

Pourtant, lors du premier essai (avec les précautions habituelles), ben... Le son est totalement distordu, en sortie de 3 canaux sur quatre. La FM ne fonctionne plus, tous les potentiomètres sont "crachants", la ficelle de cadran est cassée... bref... C'est donc un cas typique d'appareil qui a été malmené, bricolé ou mal stocké, et le genre d'engin sur lequel on va laisser beaucoup de temps et de nerfs.  


Mythe N°1 : "Avant, c'était construit pour être dépanné"

Marantz 4230

L'ouverture du coffret montre le contraire. C'est une construction pas évidente du tout ! On trouve un transfo de bonne taille (ça, c'est très bien), deux modules comprenant chacun deux amplis de puissance, le tuner est dans un blindage, le module de réduction de bruit aussi, une platine d'alimentation, une petite platine de préampli phono, une autre pour la préamplification générale. Et des fils dans tous les sens, assemblés en torons, et qui arrivent partout sur les circuits imprimés.

Cela promet pour le dépannage... 

Alors bon, "construit pour être dépanné" ? Ben pas vraiment dans ce cas-ci. C'est assez étonnant comme construction, sans doute à cause de la densité de matériel à faire entrer dans un tel coffret. Les circuits imprimés des étages de sortie (un des endroits ou il y a le plus de pannes) sont montés verticalement et il est fort difficile d'aller y faire des mesures. Pour les sortir du châssis, il faut dé-souder des connexions arrivant au dessus et en dessous du châssis. Pas très pratique pour le dépannage et pour le test ! Par contre les potentiomètres ajustables (courant de repos et polarisation) sont accessibles sans démontage. Allons, tout n'est pas négatif ! 

Un autre exemple de matériel ancien, de marque réputée aussi, et d'une conception invraisemblable (ou le câble de cadran passe en partie sur le châssis et en partie sur l'ébénisterie) : le Philips BX462A.



Mythe N°2 : "Avant, c'était construit pour durer"

Marantz 4230

Continuons la découverte de ce Marantz 4230. On voit ici le circuit imprimé de l'alimentation (horizontal derrière le transfo) et le module reprenant deux amplis de puissance (vertical). On se trouve, à cet endroit, en pleine chaleur : transformateur, transistor de l'alimentation (monté sur un refroidisseur) et étage de puissance (qui chauffe). Cela n'a pas empêché le constructeur d'y placer une floppée de condensateurs, composants sensibles à la chaleur s'il en est ...

Marantz 4230

Sur la photo précédente, on voit à l'avant plan (platine alimentation) un condensateur noir, placé à proximité d'une résistance de puissance (verte). Il est déjà remplacé, et sur la photo ci contre, le condensateur qui y était d'origine... Bien rôti par la chaleur de la résistance, et défectueux évidemment...

Marantz 4230

Après avoir désoudé des fils arrivant partout sur le circuit imprimé d'un étage de sortie, on peut enfin démonter le module contenant deux amplis de puissance. Entre le circuit et les transistors, plein de fils de connexion ! Eux aussi placés dans un endroit bien chaud, contre le dissipateur des transistors de puissance. Histoire sans doute que les isolants deviennent bien chauds et recuits... 

Au diagnostic, un transistor de puissance sur deux claqués sur les 3 canaux défectueux + bien sur les transistors "drivers". Du son en sort encore, mais totalement distordu !

Construit pour durer ? D'une certaine façon oui, car le choix des composants est excellent. Mais la construction elle-même est assez particulière : condensateurs à proximité immédiate de sources de chaleur. On retrouve ce genre de chose aujourd'hui dans des écrans plats et c'est qualifié de "technique d'obsolescence programmée" (sic) ! Ici, dans cet appareil, c'est simplement une question, encore une fois, de densité de matériel à installer dans l'espace disponible (pareil dans les écrans plats !). Et le fait d'avoir choisi des composants de qualité au départ a permis à cet engin de tenir le coup très longtemps. 

Donc, pas de panique ici : c'est un vieillissement normal des composants, du au montage et bien sur à l'âge de l'appareil. Il faudra remettre ici des composants de très haute qualité lors de leur remplacement.  Car il est certain que cet appareil n'a assurément pas été étudié non plus pour fonctionner pendant 40 ans ! Eh oui, dans le matériel "vintage", c'est comme dans les vieilles voitures : il y a des pièces à remplacer pour pouvoir utiliser les appareils à nouveau ! Cela dit, c'est parfaitement faisable dans cet appareil, mais pas évident à cause de la construction «serrée».


Mythe N°3 : "Avant, c'était bien conçu"

Marantz 4230

Ce commutateur est installé sur le façade arrière de l'appareil, près des connecteurs et des bornes haut parleurs. Il permet de passer d'un mode quadriphonique (4X12W) à un mode stéréo (2X 30W).  

Fort bien, mais ce commutateur ne doit en aucun cas être manipulé quand l'appareil est en fonctionnement. Il n'y a pourtant aucune notification, nulle part, inscrite sur l'appareil !

Bien conçu ? Sans risque d'erreur par l'utilisateur ? Preuve par le contraire ici, puisque manipuler ce commutateur en fonctionnement peut provoquer la mort des étages de puissance ! 3 canaux sur quatre sont claqués, d'ailleurs... Pareil en cas de court-circuit sur les sorties haut parleurs : il n'y a aucune protection contre ce genre d'incident, et les transistors de sortie meurent directement au moindre incident !  



Mythe N°4 : "Avant, la conception des équipements était bien meilleure (par rapport au matériel actuel)"

Marantz 4230

Examinons le schéma des étages de sortie de cet appareil. Alimentation asymétrique, deux transistors de puissance NPN, et surtout condensateur en série avec le haut parleur ! L'alimentation  +DC arrive sur J722, les sorties haut-parleurs sont J715 et 716 (J713 et 714 sont pour la prise casque), J708 étant la connexion 0V (masse).
Chacun sa façon de voir les choses bien sur. Mais ce genre de montage n'est - pour moi - pas ce qui se fait de mieux, même en 1973. Un gros condensateur dans le circuit de sortie... et une conception «presque symétrique» de l'étage de sortie... Même avec une bonne contre-réaction, cela n'équivaut pas un montage à alimentation et conception symétrique avec transistors complémentaires.

La présence d'un condensateur en série avec le haut parleur n'est pas idéale, ce composant s'opposant au passage des fréquences basses. Dans cet appareil, ce condensateur vaut 3300µF. Faisons le calcul* : ce condensateur à une impédance de 2.4Ω à 20Hz... Si on connecte un haut-parleur de 4Ω d'impédance, on comprend tout de suite l'impact qu'aura ce condensateur sur la restitution des basses «profondes». On trouve en effet une impédance non négligeable en série avec le haut parleur... Et ceci, si ce condensateur est en bon état ! Avec le temps, sa résistance série équivalente (ESR) aura augmenté, s'additionnant à l'impédance "normale" en série avec le haut parleur... Dire que certains achètent des câbles énormes et coûteux (donc ayant des impédances série faibles) pour connecter leurs enceintes à la sortie de ce genre d'amplis ! :-)  

Le son peut, bien entendu, être très agréable à l'oreille et c'est quasiment toujours le cas des appareils de ce constructeur.  Le seul des quatre canaux survivants dans cet ampli confirme d'ailleurs cela, le son est tout à fait bon malgré l'âge des composants et la conception «curieuse» des amplis de puissance !

* l'impédance d'un condensateur est inversément proportionnelle à la fréquence, et se calcule comme suit : Z = 1/(2 π f C) avec f = fréquence en Hz et C la capacité en Farad (3300µF = 0.0033F)


Brouf ! Après tout ce bla-bla, tentons de conclure... 

Les équipements anciens sont donc généralement réputés, mais est-ce justifié ?

Tout d'abord, comparer le matériel ancien à ce qui se fait aujourd'hui n'a aucun sens. A l'époque, ces équipements radio - TV - Hi-Fi coûtaient une fortune (par rapport aux salaires et au coût de la vie en général) et donc l'acheteur pouvait, légitimement, s'attendre à une excellente qualité. Et de fait, l'immense majorité des ces appareils (aujourd'hui «vintage») étaient de bonne à très haute qualité au moment de leur commercialisation.
Les équipements actuels sont infiniment plus accessibles financièrement que leurs équivalents des annés 60-70. Il est donc parfaitement logique que ces appareils modernes soient construits à moindre coût ! Et avec des composants moins chers, moins fiables... Il est également logique d'y retrouver plein de plastique (moins cher que la belle tôlerie de la Hi-Fi 70's !) et des composants de second choix. 

Soyons honnêtes : qui achèterait aujourd'hui un téléviseur coûtant plusieurs mois de salaire ? Et proportion de prix pareille pour la Hi-Fi...

La matériel vintage tire donc a réputation de ce fait, il était fabriqué avec des composants de qualité, bien conçu et construit. Les constructeurs tenaient à leur réputation, et pour les amateurs d'alors, le prix était justifiié. On économisait pour s'acheter du matériel prévu pour durer longtemps (pas 40 ans néanmoins...).

La grande différence donc, entre le matériel vintage et l'actuel est plutôt une logique de marché. Le client d'aujourd'hui veut du matériel accessible, pas cher, acheté en grande surface. Avec un minimum de bon sens, on se doute bien qu'un appareil actuel n'aura jamais une durée de vie pareille à ce qui s'est construit dans les décennies précédentes... Mis à part quelques constructeurs d'appareils très haut de gamme, tous les autres se sont adaptés à cet état de fait, ou ont disparu (en fait l'immense majorité des constructeurs européens).
Les commerçants spécialisés «Radio - TV - HiFi» ont d'ailleurs pour la plupart disparu aussi.


Ensuite, la maintenance des équipements. A l'époque ou ce matériel (devenu vintage aujourd'hui) était utilisé, il était parfaitement normal de le faire réparer quand un incident ou une panne survenait. C'était construit solide et avec des bons composants, certes, mais cela pouvait tout de même tomber en panne...

Ici aussi, par rapport à maintenant, c'est une logique de marché qui prévaut. Non pas que le matériel actuel soit irréparable ou «construit pour ne pas être dépanné» mais simplement... Cela n'en vaut pas nécessairement la peine par rapport au prix du neuf ! Etablir un devis, faire réparer (surtout au prix de la main-d'oeuvre actuel) peut ne pas être intéressant financièrement. L'achat d'un appareil neuf, souvent plus complet  que le précédent (au rythme ou des nouvelles fonctionnalités apparaissent), peut se justifier par rapport à la réparation d'un appareil ayant déjà servi. 

Ceci est aussi parfois qualifié de technique d'obsolescence programmée. Peut-être. Pourtant, la grande majorité des appareils actuels sont réparables, contrairement à ce que certains médias (dont les rédacteurs n'ont jamais ouvert un appareil électronique) peuvent raconter. Certes, on peut trouver des appareils a durée de vie limitée (notamment les imprimantes, et c'est pas nouveau) mais c'est très loin d'être une généralité.
Ma pratique du dépannage, autant d'appareils anciens que récents, me permet d'affirmer cela. On peut réparer quasiment tous les appareils actuels, d'autant qu'avec les magasins de composants en ligne il est possible de trouver presque tous les composants nécessaires. La plus grande difficulté sera en cas de panne dans un système à micro processeur dédié. Mais dans la plus grande majorité des cas, les pannes sont ailleurs (y compris aussi dans l'électro-ménager) : alimentations, circuits de puissance...

Le matériel ancien peut, bien entendu, être réparé aussi... à condition de trouver les composants. Les appareils à lampes ne comportent en général pas de pièces introuvables (sauf cas de transformateurs brûlés ou de lampes rares comme les EL503), par contre certains semi-conducteurs anciens sont presque introuvables maintenant. Pensons à certains circuits intégrés dont la diffusion a été très limitée, et aux modules hybrides (alimentations et audio), qui ont été très employés à une époque... Mais les composants classiques sont toujours disponibles dans le commerce.
A noter aussi la nécessité de certaines connaissances un peu spécifiques du matériel ancien : technique des tubes, circuits analogiques radio et TV, conception des premières électroniques digitales à logique câblée... Rien d'impossible cepandant, bien au contraire ! 


Enfin, l'aspect plaisir. Et la, le matériel hi-fi ancien a bien sur une longueur d'avance.  Manipuler un appareil ancien, avec ses commandes en métal, ses boutons solides, ses commandes parfois sophistiquées, c'est autre chose, réellement, que toucher du plastique et "naviguer" dans des menus... Les performances du matériel ancien, bien restauré, sont aussi au rendez-vous et seront souvent supérieures au matériel actuel. 

Et dans le cadre d'un hobby, ou bien de la simple envie d'utiliser du bon matériel, l'aspect plaisir est évidemment très important. Et bien sur, cela compte énormément ! Le plus gros souci est d'aspect financier. Avec cette mode du matériel vintage (surtout Hi-Fi), les prix ont grimpé en flèche et atteint des sommets absolument ridicules. 


Bon, et alors ? Cela vaut la peine ou pas ? Oui, si on recherche du beau matériel, de qualité, et «qu'on est pas trop sur les prix»... Et que la place ne manque pas, car les anciens appareils n'étaient pas vraiment des modèles de compacité, particulièrement les enceintes ! Il faut s'attendre à du travail de restauration (qui peut devenir un plaisir et même supplanter celui de l'usage de l'appareil) et de recherche de documents, de pièces,  d'informations. Cette page n'a pas pour but de faire peur ou de décourager, bien au contraire ! L'auteur de ce site adore le vintage, les vieilles électoniques, le son (et même... l'odeur) des lampes... C'est un hobby, un vrai. Passionnant.
Si par contre, la recherche de matériel est juste pour l'utilisation en home cinéma ou usage courant... Vaut mieux s'équiper avec du matériel actuel, qui sera bien mieux adapté point de vue connectique (HDMI, fibre optique, ...) et fonctionnalité (décodage surround 5.1, ...).  

Il a beaucoup été question du matériel Hi-Fi sur cette page, car c'est celui qui est le plus recherché. Mais l'ensemble du matériel électronique ancien peut être intéressant : pensons à d'anciens téléviseurs couleurs (ou moniteurs) destinés à fonctionner avec des ordinateurs ou consoles de jeu d'époque. Les anciennes radios, bien sur, qui ont été le point de départ du hobby de l'auteur de cette page... Les anciennes radios avec FM peuvent encore être utilisées pour écouter les stations actuelles, avec un son souvent étonnant de qualité. Et tant d'autres ! Les beaux magnétophones d'alors, permettant de relire d'anciennes bandes magnétiques et en découvrir leur contenu, pareil pour les magnétoscopes (certains vieux standards), les platines pour disques vinyle (certaines d'une qualité inouïe)...


Et donc : beaucoup de plaisir avec le vieux matériel électronique ! Il y a toujours bien l'une ou l'autre déconvenue, mais dans l'ensemble c'est un hobby passionnant et gratifiant ! Et pour se lancer dans la restauration, commencer avec des appareils simples... 


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